2008 11 - Opération thermos ...et crêpes à Saint Nicolas

Une Fête de St Nicolas parmi d’autres…

 

Lundi 22 novembre : encouragée par Albert et Dominique,  je téléphone aux responsables de l’opération Thermos pour proposer plus régulièrement les services de la Fraternité. Il s’agit de préparer et distribuer environ 150 repas aux « sans abris » et autres qui rejoignent tous les soirs un de ces couloirs peu accueillants de la gare Centrale afin d’y recevoir une ration de nourriture qu’ils consomment sur place . Nous avions appris que certains groupes habitués à ce service s’étaient retirés pour divers motifs et qu’il restait des « blancs ».

 

« Vous tombez bien », s ‘exclame la responsable, « le groupe qui assurait les repas de ce samedi 27 novembre s’est désisté, mais cette date est proche, et ce sera sans doute difficile pour vous… ? ! ». Après « consultation » de Pierre, je la rappelle. « C’est d’accord pour le 27 ! ; vous pouvez compter sur nous ! »

 

A peine le téléphone raccroché, je réalise l’audace de ce Oui !

 

Il est vrai que plusieurs membres et amis de la Fraternité ont déjà participé à cette opération, tout récemment encore, mais toute la préparation des repas était minutieusement organisée par Monique et André, de la paroisse voisine, bien rodés à cette expérience !

 

Cette fois, il nous faut non seulement préparer environ 150 repas pour samedi mais aussi, acheter les ingrédients,…avoir de quoi les acheter, rassembler la vaisselle ad hoc, les volontaires pour l’épluchage, la cuisson, le café, la distribution, la vaisselle, etc.…

 

D’autre part, le 27 novembre, c’est notre traditionnelle Porte Ouverte à l’occasion du grand cortège de St Nicolas organisé chaque année dans notre quartier : nous avons l’habitude d’ouvrir ce jour-là notre auberge à tous, enfants, jeunes et parents, voisins, à qui nous proposons des crêpes, du cacao et du café, ainsi qu’un espace de jeux, de bricolages  et de ping-pong. Nous y attendons entre 100 et 150 personnes et comme d’habitude tout reposera sur les propositions de service de dernière minute !

 

« Comment cela va t’il se faire ? »

 

Pas de panique. Notre petite expérience nous permet de penser que quand on remet tout à Dieu, y compris les détails de notre vie et d’une organisation communautaire, Il prend tout en charge et distribue les tâches à chacun selon ses possibilités. Il appelle à sa façon les uns et les autres…et si chacun garde son oreille bien tendue et se dispose à « faire tout ce qu’Il dira », tout se passera bien.

 

Nos journées et soirées communautaires du mardi et mercredi se passent  comme d’habitude. Hormis le fait de contacter l’épicier du coin pour commander les légumes, de dévaliser les rayons du Delhaize de ses morceaux de viande les plus économiques, et d’appeler l’aide de ceux qui passent pour cette fin de semaine, pas le temps de prévoir, planifier quoi que ce soit pour samedi (il y a les tâches et rencontres habituelles qui remplissent déjà bien les journées ! ) .

 

Jeudi, l’épicier nous livre la marchandise au prix le plus bas : 20 bottes de poireaux, 100 kg de carottes et 60 kg de pommes de terre qui à peine déposées sur la table de la cuisine communautaire seront joyeusement épluchées par les mains volontaires qui s’égrèneront tout au long de la journée : Albert (bien sûr aux fourneaux), Rézy qui surveille du coin de l’œil la cuisson, Valérie, Radegonde, Marie-Guy, Jean Paul (qui débarque à l’improviste tout heureux de pouvoir rendre service alors que chez lui il n’y a ni gaz ni électricité)  , Maria,…, et même le Père Pattyn arrivé en vélo pour célébrer notre Eucharistie de ce midi !

 

Dès le lendemain, d’autres s’ajouteront encore pour achever cette fameuse entreprise comme Angèle, Annie, Danièle et les autres tandis que Marie-Thérèse, Papa Royo et Julienne, Cathy, etc…, viendront chercher leur sac de pomme de terre à éplucher à leur maison ! Pendant ce temps, quelques-uns disposent les tables pour la fête de demain. 

Vendredi 16h, tout est fin prêt…Il nous suffira de réchauffer le tout demain, vers 18h, quand les amis de saint Nicolas et de la fraternité auront quitté les lieux…

 

Il est 14h ce samedi soir quand Germaine ( 86 ans  le 6 décembre !!)franchit la porte de l’auberge. Elle enfile la première crêpe soigneusement préparée par Albert et servie par Axel, le temps d’être vite rejointe par les premières familles venues se réchauffer et se restaurer. Ils seront environ 170 à franchir la porte de notre maison communautaire entre 14h et 18h : des enfants, des jeunes belges et immigrés, des jeunes parents, des voisins de l’un ou l’autre de la fraternité, francophones, néerlandophones, croyants et incroyants, catholiques et protestants,  des visages familiers fidèles à ce rendez-vous annuel et des visages nouveaux que nous avons également la joie d’accueillir.

 

Ne nous demandez pas qui a fait la pâte, qui a cuit les crêpes (hormis Albert bien sûr !) qui les a servis, qui a veillé à servir chacun de cacao ou de café, qui a fait la vaisselle ( merci entre autre à Christiane , Radegonde, Stéphane… !) pour que celle-ci soit disponible en continu . Ne nous demandez pas qui s’est occupé des petits, les a encadrés pour réaliser leurs beaux bricolages…Il y eut toujours quelqu’un pour assurer ces divers petits services, tout discrètement, les familiers de la maison et d’autres qui mettaient spontanément la main à la pâte (c’est le cas de le dire).

 

Des échanges sympathiques, cordiaux se sont noués, des partages plus profonds avec les uns ou les autres . Comme ce monsieur incroyant qui nous pressait de questions sur notre foi. Comme ce jeune couple de forains de notre quartier qui offre ses services de jongleurs et clown pour une fête prochaine en remerciement de notre invitation «  aux crêpes » faite spontanément sur le trottoir : peut-être n’ont-ils jamais été invité quelque part. Comme aussi ce couple très croyant heureux de découvrir notre communauté chrétienne en face de l’appartement  que vient d’emménager leur fils.

 

Entre temps arrivent Viviane, Cathy, etc.…avec leurs pommes de terre cuites pour le soir et d’autres frères et sœurs et amis  disponibles pour la distribution à la gare.

 

Les derniers rescapés du cortège de Saint Nicolas n’ont pas encore fini de savourer les crêpes et les dernières conversations que déjà il faut penser à réchauffer les 120 repas de la gare . Vers 20h30, les thermos et casseroles sont enfournés dans la camionnette avec Dominique, Albert, Jean-Paul, Mohamed, son amie Julie, Priscilla et Sandrine, alors que Hinda et Pierre attendent la joyeuse troupe à la gare.

 

La cuisine improvisée à peine installée, les voilà qui arrivent des quatre coins de la gare, jeunes et vieux, hommes et femmes à se rassembler autour des plats fumants et recevoir de quoi se restaurer. Les échanges noués avec les uns et les autres sont aussi importants pour les cœurs qui ont froid que la potée de légumes pour les corps qui ont faim. Certains espèrent encore une ration, une tasse de café. Déception de ne pouvoir les contenter tous. Julie ( 17 ans) ,les larmes presque aux yeux, dira tout discrètement au retour : la prochaine fois, j’apporterai un thermos de la maison…

 

Différents sentiments se bousculent dans l’équipe de retour à la maison Saint Nicolas vers 22h pour y achever la vaisselle dans une « musique d’ambiance » : émotion, déception de ne pas avoir pu rassasier tout le monde, joie d’avoir pu se donner, sentiment de n’avoir fait que son devoir, que ce qui est normal. Partager un bol de nourriture et un peu de chaleur à ceux qui trop souvent en manquent.

 

Il est 23h30 quand nous nous quittons : Toute la vaisselle est achevée (pour l’équivalent de environ 300 repas crêpes et souper – servis en ce jour). La Maison communautaire est rangée et nettoyée.

 

Nous terminons cette journée à l’oratoire pour remercier Dieu qui conduit jour après jour la barque de notre fraternité, nous invitant chaque jour davantage, à « avancer en eau profonde » :

 

« Ce bateau Seigneur, c’est ta Providence qui le pilote » Sg 14,  2-3

 

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